Myanmar

Asie

PIB / Habitant ($)
1 190,0 $
Population (en 2021)
54,2 Millions

Evaluation

Risque Pays
D
Climat des affaires
D
Précédemment
D
Précédemment
D

suggestions

Résumé

Points forts

  • Matières premières abondantes (hydrocarbures, jade, rubis, cuivre, or), potentiel hydroélectrique
  • Fort potentiel agricole, touristique et de production vestimentaire
  • Economies dynamiques proches (Inde, Chine, Thaïlande)
  • Main-d'œuvre bon marché
  • Population jeune (25 % a moins de 14 ans)
  • Membre de l’ASEAN

Points faibles

  • Le coup d'État a isolé le pays et son économie, à la suite des sanctions occidentales (gel des avoirs, interdiction des transactions avec les entreprises gérées par l'armée…) et au refus de l'aide internationale
  • Le pays est divisé entre les plaines centrales, sous le contrôle de la junte, les régions souvent montagneuses, tenues par l’opposition, notamment les minorités ethniques armées aux frontières, et les zones restantes, théâtre d’affrontements entre les deux camps
  • Grande diversité ethnique (135 groupes) et manque de tolérance de la majorité birmane à l'égard de la minorité musulmane Rohingya, mais aussi des minorités bouddhistes et chrétiennes situées à l’est et à l’ouest du pays
  • Corruption endémique et environnement des affaires médiocre
  • Sur la liste noire du Groupe d'action financière pour blanchiment d’argent et financement du terrorisme
  • Banque centrale inefficace, soumise à la junte
  • Manque de diversification et d'infrastructures (électricité, raffinage, éducation, santé)
  • Secteur financier sous-développé
  • Pays fortement exposé aux catastrophes naturelles (tremblements de terre, cyclones, inondations, etc.)

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Thaïlande
23%
Chine
22%
Europe
13%
Japon
8%
Inde
5%

Import des biens en % du total

Chine 31 %
31%
Singapour 22 %
22%
Thaïlande 13 %
13%
Malaisie 8 %
8%
Indonésie 7 %
7%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

La junte perd du terrain

Le coup d'État militaire mené par la Tatmadaw (armée du Myanmar), en février 2021, a conduit à la destitution d’Aung San Suu Kyi, la cheffe du parti arrivé démocratiquement au pouvoir, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Le pays est depuis gouverné par le Conseil d'administration de l'État (State Administration Council, SAC), avec le commandant en chef des forces armées, Min Aung Hlaing, comme Premier ministre et Président. Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, était depuis 2016 conseillère d'État et, ipso facto, chef du gouvernement. Elle est maintenant assignée à résidence après avoir été détenue et condamnée pour plus de 15 chefs d'accusation par la junte. Depuis le coup d'État, une guerre oppose la Tatmadaw et plusieurs organisations ethniques armées alliées, notamment autour du Gouvernement d’Unité Nationale (NUG), formé par d’anciens responsables du gouvernement civil. En janvier 2025, les groupes de résistance contrôlaient plus de 40 % du territoire, essentiellement dans les régions frontalières et les campagnes. La junte s’affaiblit et perd du terrain, et n’en détient plus que 30 %, essentiellement les plaines centrales où vit la majorité birmane, dont le centre économique, Yangon, et la capitale, Naypyidaw. C’est là que se trouve la majeure partie de l'industrie et de l'agriculture du pays. Le reste du territoire est en proie aux combats. Les civils sont durement touchés par le conflit, la pauvreté touchant 48 % des déplacés internes, qui représentent 6% de la population totale, dont plus d’un tiers d’enfants. En quatre ans de conflit, plus de 6 000 civils ont été tués par les militaires. L’armée, n’ayant pas assez de moyens humains, bombarde les zones tenues par les rebelles. Depuis 2024, elle applique la conscription obligatoire des hommes de 18 à 35 ans, attisant le mécontentement populaire et poussant de nombreux jeunes à fuir le pays. La junte accentue les restrictions sur l’aide humanitaire, alors que près de 20 millions de Myanmarais en ont besoin, selon l’ONU.

En janvier 2025, les mouvements d’opposition de l’Etat du Nord, Shan, dont l’Armée de l’Alliance démocratique nationale du Myanmar et l’Armée de libération nationale Ta’ang, ont accepté un fragile cessez-le-feu avec la junte. En reconnaissant la légitimité de ces groupes, la junte peut espérer diviser les forces d’opposition. Les discussions se sont déroulées sous la pression de la Chine sur les deux parties, alors que le conflit perturbe les échanges commerciaux et son projet de Corridor économique (CMEC). La Chine est la première partenaire commerciale et une importante fournisseuse d’armes. Elle investit dans des infrastructures routières et ferroviaires, comme le chemin de fer Kyaukphyu-Muse, ou la zone économique de New Yangoon City. Toutefois, leur exécution est ralentie voire suspendue, alors qu’une majorité de projets sont tombés sous le contrôle des forces opposées à la junte. Par ailleurs, elle détient les conduites d’hydrocarbures, qu’elle envisage de protéger par des forces de sécurité sous statut privé. La Russie, première fournisseuse d’armes du Myanmar, soutient la Tatmadaw ; les deux pays ont mené leur premier exercice naval militaire conjoint dans la mer d'Andaman en novembre 2023. Si les pays de l’ASEAN sont réticents à s’impliquer dans le conflit, des pays occidentaux (États-Unis, Europe, Royaume-Uni, Canada et Australie) ont imposé des sanctions limitées, d’une part aux membres de la junte, notamment le gel de leurs avoirs et l'interdiction de voyager, d’autre part à la principale entreprise publique, la Myanma Oil and Gas Enterprise (MOGE).

Tous les secteurs pénalisés par la guerre civile

Les perspectives économiques restent sombres alors que la guerre civile, déclenchée par le coup d’Etat militaire de 2021, risque de perdurer. L’activité restera atone en 2025 en raison du conflit qui perturbe tous les secteurs économiques. En premier lieu l’agriculture, qui représente un peu moins du quart du PIB, mais près de la moitié de l’emploi. Elle souffre de l’expansion des champs de bataille, provoquée par les avancées des forces rebelles dans le centre du pays, et du manque d’intrants, du fait de la compression des importations. En 2024/2025, la production céréalière a diminué d’environ 5 % selon la FAO en raison de la destruction des récoltes par le typhon Yagi ; en 2025/2026, la production agricole devrait donc s’améliorer, malgré les combats. Le secteur des services continuera d’être affecté par le conflit : le tourisme ne reprendra pas tant que durera la guerre et le commerce de détail restera pénalisé par le faible pouvoir d’achat des ménages. Il est également déstabilisé par les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les ruptures de stocks, qui touchent aussi l’industrie manufacturière. L’habillement restera en peine avec la désertion de donneurs d’ordre européens, malgré une meilleure croissance du Japon et de l’UE, ses principaux clients. Finalement, le secteur énergétique continuera d’éprouver des difficultés et les coupures d’électricité se poursuivront. En l’absence de nouveaux investissements conséquents, la production de gaz naturel diminuera encore avec l’épuisement des principaux champs. Ceci pèsera sur l’activité générale, puisque le gaz fournit 40 % de l’électricité du pays, même si 76 % de la production de gaz est destinée à la Chine et à la Thaïlande. Le conflit provoque des pénuries de carburant (essence et diesel), aggravées par le manque de capacité de raffinage, les sanctions occidentales contre la Myanmar Oil and Gas Entreprise (MOGE) et la faiblesse des investissements étrangers.

En effet, l’investissement privé, tant national qu’étranger, restera quasiment à l’arrêt tant que le conflit se poursuivra. Les dépenses gouvernementales sont bridées par la progression des forces rebelles, alors même que les faibles recettes sont orientées vers l’effort de guerre. La demande des ménages restera freinée par la faiblesse de l’emploi et les déplacements internes et externes, touchant 9 % de la population. De plus, les revenus réels des Myanmarais resteront pénalisés par la forte inflation. Celle-ci est alimentée par l’augmentation de la masse monétaire utilisée pour financer le déficit budgétaire, ainsi que par les destructions et les ruptures d’approvisionnement. L’inflation importée est élevée, le kyat a perdu 40 % de sa valeur face au US dollar sur les marchés parallèles lors des huit premiers mois de 2024. Cette tendance se poursuivra en raison de la faiblesse des réserves de change, alors que les entrées de devises seront toujours limitées. Afin de maîtriser l’inflation, l’armée a instauré des plafonds sur le prix des matières premières essentielles (riz, huile alimentaire, produits pétroliers) ainsi que des restrictions sur les transactions commerciales et le change. Toutefois, ces mesures ont aggravé les pénuries. En 2025/2026, les pressions inflationnistes devraient toutefois ralentir légèrement vue l’atonie de la demande et la modération des cours du pétrole.

Pas d’allègement des déficits dans un contexte de guerre

Au Myanmar, le déficit courant est structurel, obéré par le déficit commercial. Les produits pétroliers constituent le premier poste d’importations (32 % du total en 2023), alors même que le pétrole brut est la première source d’exportation du pays. Ceci s’explique par l’incapacité du pays à le transformer en raison de défaillances dans les infrastructures, notamment de raffinage. Le pays dépend également des importations de biens d’équipement et de consommation, et d’intrants comme le fer, les fibres synthétiques et les engrais. Les exportations non pétrolières sont pénalisées par les perturbations aux frontières terrestres, l’épuisement des réserves de gaz, les contraintes sur la production manufacturière et la faible demande extérieure, que l’instabilité inquiète. L’insécurité pénalise aussi la balance des services (tourisme). Depuis 2024, de l’aide chinoise amoindrit le déficit et le récent rapprochement entre la junte et des groupes rebelles pourrait relancer les échanges bilatéraux. La modération des prix du pétrole offrira également un faible répit et les restrictions aux importations, notamment automobiles et de luxe, devraient se maintenir et empêcher l’aggravation du déficit. Face aux tensions sur la balance des paiements, la junte devrait maintenir son contrôle sur les mouvements de capitaux et sa ponction sur les remises des expatriés. Cela lui permet de limiter l’asséchement des réserves, déjà extrêmement basses, mais essentielles au financement du déficit.

L’important déficit budgétaire s’est légèrement accentué au cours des exercices 2023/2024 et 2024/2025, en raison de la diminution des recettes perçues par la junte. Elles sont mécaniquement réduites par le conflit en cours et l’atonie économique. De plus, les droits de douane ont diminué avec la perte de contrôle sur d’importantes villes frontalières, ainsi que l’érosion des exportations d’hydrocarbones liée à l’épuisement des réserves de gaz et à la modération des prix de l’énergie. Les recettes ne devraient pas progresser, tandis que les dépenses resteront orientées vers la défense. Les ressources de l’armée, provenant principalement des entreprises publiques du secteur de l’énergie, sont pénalisées par les sanctions occidentales. Le financement monétaire du déficit se poursuivra et la dette publique se maintiendra à 64 % du PIB en 2025 et 2026. 40 % de la dette publique est intérieure, et sa part extérieure est détenue à 70 % par des créanciers bilatéraux (essentiellement la Chine).

Dernière mise à jour : février 2025

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